lundi 29 février 2016

LA DIGNITÉ DE LA DIFFÉRENCE




Juste une petit retour sur la langue. En yiddish, a yid peut vouloir signifier de façon tout a fait neutre un homme ou un juif. Ikh hob getrofn a yid, si le contexte est par exemple une société juive de Varshe, Vilne, Bialystok, Lazdijai ou Przemysl, ikh hob getrofn a yid, c'est : j'ai rencontré quelqu'un. Tout dépend dans quelle société on se meut. 
Alors bien sûr, nous nous définissons par de nombreux paramètres, en tant que Français, Belges ou ... (je cherche ailleurs mais ne trouve pas car dans les pays anglo-saxons ou arabes, c'est encore différent) il convient non seulement de ne pas exprimer de particularisme mais aussi de paraître bien élevé(e). Pour moi c'est le plus difficile, même en ayant immigré en France très jeune, quand on a été élevé dans des familles dont toutes les références culturelles et les codes sont si loin de ceux inculqués en France, le cerveau a enregistré des messages, des mises en garde bien différents.

Quand j'étais une jeune révolutionnaire, je pensais que souligner les particularismes - surtout le judaïsme qui était le plus encombrant DE TOUS vu que nous avions plus ou moins remplacé notre judaïsme par cet idéal universaliste - nuisait à la causesi élevée de internationalisme que je défendais. Le messie de la révolution sociale était en chemin POUR TOUS. Puis les révolutions en ont pris un coup dans l'aile, elles ont même viré au cauchemar (il m'a fallu longtemps pour réaliser que par ma naissance, j'avais déjà échappé à plusieurs bêtes noires). Les particularismes sont revenus en flèche dans la société occidentale et ils ont triomphé dans les mouvements d'indépendance, sous formes de masques grimaçants. Politesse oblige, accrochés à un universalisme que tous proclament et que personne ne respecte, les Juifs - toujours meilleurs que les autres EN TOUT - surtout en France, continuent de gommer avec élégance leur être, à écrire contre leur appartenance, à revendiquer leurs identités d'autant plus multiples qu'après tout il est difficile d'imposer son amour à un amant réticent. 

Depuis au moins 2006, la mort rôde et tous nos spectres, nos mauvais rêves, et leurs bêtes immondes se réveillent. Et ceux qui n'avaient pas forcément cultivé ce qui leur était propre ont parfois ressenti le besoin de se rapprocher de l'accent d'un grand-père ou des paroles naïves mais pleines de sagesse d'une grand-mère qu'ils ont connus ou qu'ils ont reconstruits. Des cénacles plus intimes se sont créés, comme des petites nations, des Eretz-Yisroel symboliques ou virtuels pour accueillir la nécessaire liberté d'une parole non soumise à la censure d'une société ayant elle-même perdu toute notion de l'humanisme, celui qui voit dans tout homme ce qu'il est, un homme , une femme, une histoire, une culture. La dignité qu'il y a à se reconnaître entre nous est peut-être impolie au sens que la noblesse, puis la bourgeoisie française, ont donné à ce terme. Mais c'est, dans le sens que Jonathan Sacks a conféré à cette expression, la dignité de la différence. Le partage d'un livre du Souvenir, des éclats de voix dans des langues et des accents que nous n'entendrons plus mais dont nous nous souvenons et que nous pouvons encore évoquer entre nous.



Jonathan Sacks, La dignité de la différence. Pour éviter le choc des civilisations, traduit de l'anglais par Isabelle Rozenbaumas, Paris, Bayard, 2002.

samedi 27 février 2016

CALAIS, PEREC, RINGELBLUM



 Mon amie, l'artiste Anne Gourouben, magnifique dessinatrice et humaniste militante tente de répondre à la question que ses amis lui posent. Pourquoi aller et retourner à Calais : ""À ceux qui se demandent pourquoi je suis venue à Calais, ce passage du texte de Georges Perec qui m'accompagne depuis tant d'années. Que tant d'hommes femmes et enfants soient bloqués ici dans une attente indéterminée m'est insupportable. ( Comme des millions de personnes mes arrières grand-parents maternel et le frère de mon grand-père, venus de Zyrardow, Pologne, passèrent par Ellis Island après la première guerre mondiale et s'installèrent à Manhattan.) "Ellis Island" 1980/95, P.O.L."" 

 Pour moi, la démarche d'Anne n'est pas questionnable, au sens où son témoignage, ses dessins, sa présence auprès des réfugiés, sont à eux-mêmes une réponse. La mémoire et la fidélité à une histoire fondent chez elle cet humanisme en actes. Pour autant, je désirais lui écrire ce que la confusion entre des contextes historiques distincts m'inspiraient : ""Cela permet de comprendre ta démarche un peu mieux, Anne. À ceci près que Georges Perec s'est rendu à Ellis Island longtemps après sa fermeture dans une quête à la fois documentaire et poétique consistant à se mettre dans les pas des générations précédentes, tout comme il descendait et montait la rue Vilin en se remémorant chaque numéro, chaque échope. Toi tu es dans le vif, comme si tu désirais revivre quelque chose que tu n'as pas vécu. Mais avec toi, ils sont là pour nous, plus réels et plus humains qu'une masse indistincte de réfugiés. Ils ne sont cependant pas menacés du sort subi par ceux qui n'avaient pas quitté Zyrardow. Tout du moins plus là où ils sont. J'hésite tous les jours à recopier quelques lignes de ma traduction de Ringelblum à qui les nouvelles parviennent dans le ghetto, tout au long de 1941, du sort des populations juives dans les villes et villages de Pologne. Déjà, les cadavres des enfants et des adultes morts de faim envahissent les rues du ghetto dès le mois de mai. En juin la situation de délabrement de ceux qui sont emprisonnés dans le ghetto est dantesque. Les trafiquants et certains employés d'officines de la collaboration exercent jusque sur les mendiants chantage et extortion. Les gens vont en lambeaux et arrachent un morceau de pain dans les rues. Les premières informations sur les massacres de masse à l'Est (chez moi en Lituanie où les miens ont été exterminés) n'arrivent que vers octobre ou novembre 1941. Personne ne comprend ce qui se passe et la folie de l'espoir fait que la grande masse des gens attendent dans le ghetto la victoire rapide des Alliés qui seule peut les sauver de la mort par famine. Les rumeurs les plus folles accréditent ces attentes. Nous savons la succession des événements, ils ne le savaient pas. Ce texte de Perec, l'évocation de Zyrardow, c'est cela qu'il réveille en moi aujourd'hui et la situation tragique de Calais relève de l'inhumanité mais s'inscrit dans un contexte historique tout autre. ""

vendredi 26 février 2016

Encore un effort Étatsuniens pour être républicains

New comer to this country, I sense that I am learning almost everything about American politics through today's campaign. This article of Bill Moyers expresses everything I feel and I fear. After Nevada causus, my political antennas tell me : "Watch out! Fascism". Italy as in the past has served as a "laboratoire politique", a political lab. Brutal, perverse, sexist, low brow Berlusconi - the trajectory began already 20 years ago. Not first time in history. Big slobs calling to the frustrations of the mob, and vomiting hate, fear and low instincts. Bill Moyers description of the submissiveness of the press to faces of brutal domination - provide the show goes on, reminds me also of the rise of Le Pen I and Le Pen II in France torn apart between a left blind to new forms of terror and resentment and the old racist and revanchist right. To paraphrase the "divine Marquis": Encore un effort Américains pour être républicains (and yes, I am aware of the double-meaning of "Républicains" when conflating French and American contexts - and playing on it)))
http://billmoyers.com/story/how-the-us-went-fascist-mass-media-makes-excuses-for-trump-voters/